Bernard Stiegler

La libido n’est pas uniquement liée à la sexualité, c’est une énergie vitale qui consiste à transformer toutes les pulsions en un investissement social. En 1923, Freud fait une stabilisation de sa théorie « Le moi et le ça » dans lequel il définit la libido comme un système de transformation de la pulsion et d’insatisfaction de la sexualité. La pulsion est capable de ne pas se satisfaire. Et, en ne se satisfaisant pas, elle produit un autre type de satisfaction qui n’est pas la satisfaction de la pulsion. La pulsion est intrinsèquement court-termiste. C’est pour cela que le marketing exploite les enfants, parce que les enfants ont des pulsions qui ne sont pas encore transformées. Le gamin veut tout, tout de suite. Et l’éducation consiste à transformer ce « tout tout de suite » en quelque chose plus tard. Ce qui est important ce n’est pas la satisfaction d’une pulsion plus tard, mais le plaisir que l’on va construire en la différant de la satisfaction. Parce qu’il y a une différence fondamentale entre le plaisir et la jouissance. La pulsion jouit et le désir prend plaisir et ce n’est pas la même chose. C’est un des problèmes que j’ai avec Jacques Lacan, car pour lui le plaisir est une notion de jouissance. Ce qui n’est pas du tout la même chose. Par exemple un joueur d’échec ne joue pas pour gagner. Evidemment, s’il gagne, il va jouir de sa puissance. Mais un joueur d’échec joue pour jouer.

Bernard Stiegler est philosophe, il dirige l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Georges Pompidou.

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