Daniel Cohen

Les économistes distinguent deux choses. D’une part le taux de préférence pour le présent, donnant plus de valeur au présent qu’au futur, en vertu d’un principe d’actualisation qui ressemble à celui des marchés financiers. Lorsqu’on a un gâteau aujourd’hui, et qu’on en a un prévu dans deux ans, vous allez prendre celui d’aujourd’hui. Un principe qui permet de comparer le coût du présent par rapport au futur. Les économistes se sont rendus compte qu’il y a un effet de saillance du présent, ce qui fait que le présent reste toujours hétérogène au futur.
Par analogie, si je demande quel est le prix auquel vous êtes prêts à échanger un gâteau dans deux ans par rapport à un gâteau dans trois ans, en fait, vous allez retrouver les 5 % de taux d’actualisation. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas beaucoup d’efforts à faire pour vous convaincre de reporter d’un an à deux ou trois ans.
En revanche, si je refais le même exercice entre aujourd’hui et dans un an, les calculs ne sont plus du tout les mêmes. Le « aujourd’hui », par rapport à quelque temps que ce soit, aujourd’hui prend un poids démesuré. Il n’y a pratiquement pas de prix auquel on est prêt à renoncer un gâteau aujourd’hui. C’est l’effet de saliance, à l’origine de toutes sortes de théories sur la procrastination, et qui fait qu’on ne réussit pas à se dégager de la gangue du présent. C’est un phénomène universel. Cela a même été vérifié sur les pigeons, c’est à dire de comparer une graine maintenant et une autre dans les cinq minutes et une autre dans les dix minutes. Ce qu’on appelle des préférences hyperboliques.

Daniel Cohen est professeur d’économie à l’École normale supérieure, à l’Université Paris I et à l’École d’économie de Paris.

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