Élisabeth Laville

Les Pdg, souvent des hommes en fin de carrière, en devenant grands-pères s’intéressent soudain au développement durable. C’est ce que j’appelle « le syndrome Jacques Chirac ». Ils ont prouvé que, sur tous les critères classiques, ils savaient faire. Ils commencent à se poser la question de ce qu’ils vont laisser à la postérité. Ils ont alors une révélation verte, dans les deux dernières années de règne. C’est même un problème pour les sociétés car c’est souvent perçu comme « le vieux a disjoncté ». La moitié des collaborateurs pensent qu’il radote déjà. Ce n’est plus vraiment lui qui dirige, donc ce n’est pas bien grave. Mais le nouveau Pdg n’a pas encore montré qu’il pouvait réussir selon des critères classiques. Son objectif va être de prouver qu’il peut faire la même chose que son prédécesseur. Le temps qu’il comprenne le sujet, on a perdu quatre ans.
L’éthique de l’entreprise est un sujet majeur. Il y a un moment, dans la vie des dirigeants, lorsqu’ils sont étudiants, où il faut leur inculquer un cours d’éthique des Affaires, comme à Harvard. Quelques principes fondamentaux. Dans sa vie professionnelle, il fera ce qu’il voudra en fonction des rencontres, des courants favorables ou défavorables. Mais au moins, il aura en tête un alphabet de l’éthique des Affaires. Cela n’existe absolument pas aujourd’hui.
Les entreprises les plus avancées en terme de développement durable, comme Patagonia ou Interface, ont à leur tête des Pdg propriétaires, qui font donc ce qu’ils veulent. Ils développent des visions. Patagonia, c’est une vision à 100 ans et Interface, une vision à 25 ans.

Elisabeth Laville est directrice d’Utopies, « agence pionnière dans le conseil en développement durable », depuis 1993.

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