Michel Pébereau

Dans toutes les activités économiques, des acteurs ont des stratégies de long terme, de moyen terme et de court terme. Dans le monde actuel, chacun d’eux à la capacité de s’exprimer pour dire ce qu’il fait. Ce n’est pas une contrainte stratégique. Quelqu’un qui est contraint par ses comptes trimestriels à ne penser que trimestriel, a l’esprit construit pour penser uniquement de cette façon. Ce qui n’est pas forcément un défaut, mais une caractéristique. Un individu qui gère une SICAV, par définition, doit se soucier à la fois de court, de moyen et de long terme. Les investisseurs sont de toute nature. Ils gèrent leur argent, un arbitrage se fait entre ces trois préoccupations. Actuellement, il gère très court parce que ses clients pensent court. Il y a des périodes où il gérait beaucoup plus long, parce que ses clients pensaient long. Il s’adapte à l’univers, c’est un financier. La finance peut être très courte ou très longue dans ses comportements.
La même finance, que vous voyez si court-termiste, a inventé les emprunts perpétuels, pendant cette même période soi-disant obsédée par le court-terme. Ils ont été vendus à des clients intéressés. Des caractéristiques ont été fabriquées dans ce but, c’est-à-dire des emprunts qui ne se remboursent pas.
Ce que je condamne c’est l’idée de lier la notion de court-termisme et de finance. Les logiques court-termistes ne sont pas des logiques financières, ce sont des logiques court-termistes en économie, partagées par toute une série d’agents économiques. Dans la gestion d’une entreprise, j’ai rencontré des gestionnaires qui ont mis en place des instruments permettant d’avoir une vision quotidienne de leurs résultats. C’est d’ailleurs une vieille tradition commerçante : c’est la caisse à faire le soir. Savoir si c’est meilleur ou pas est une autre question.

Michel Pébereau est président du conseil d’administration de BNP Paribas.

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