Entretien avec...

Plus de cinquante personnalités ont accepté de témoigner pour Jean-Louis Servan-Schreiber pendant la phase d’investigation. Hommes et femmes politiques, économistes, philosophes, sociologues, chefs d’entreprise : leurs propos remettent en perspective la façon dont le court-termisme affecte les sociétés contemporaines. Tous n’ayant pas pu être repris dans le livre, faute de place, ils ont été rassemblés dans cette page.

  • Pierre Radanne
  • Rachida Dati
  • Rémi Babinet
  • Pierre Radanne

    Depuis les années 20, les économistes se sont totalement plantés dans leurs analyses. Ils se basaient sur le fait qu’au fur et à mesure que l’on approchera de la rareté, les coûts de l’énergie et des matières premières augmenteront : ayant prioritairement épuisé les gisements les moins chers, on ira fatalement vers les gisements plus chers. Ils se sont plantés du fait que la courbe de l’augmentation du prix des ressources n’est pas une courbe linéaire. Vous sortez d’un marché fluide pour entrer dans un marché de plus en plus monopolistique. Au fur et à mesure que les ressources de pétrole diminuent, elles se concentrent : en 2030 il ne devrait plus y avoir que cinq producteurs. Et du fait de cette concentration, ces producteurs élaborent toute une série de stratégies, au moins autant économique que politique, de maximisation de la rente. La confrontation à la raréfaction des ressources se fait par des mouvements de prix complètement erratiques. On le vit aujourd’hui : le baril de pétrole a coûté 148 dollars en août 2008, il est retombé à 40 à la fin de l’année 2008, avant de remonter à 80 aujourd’hui.
    Le problème qui se pose est que les acteurs économiques sont complètement perdus. Quand ils font un investissement, ils ne savent pas s’il faut regarder le prix des matières premières au jour le jour ou à plus long terme. De ce fait, dans un marché erratique, ils perdent toute capacité d’anticipation. Ce qui est la pire des situations. Tous les gens qui travaillent sur le changement climatique s’arrachent les cheveux car personne ne sait sur quel prix se baser pour la valeur des ressources dans les vingt ans ou dans les cinquante ans à venir. Ce qui devrait être un ingrédient absolument majeur d’organisation du futur par une régulation du prix des énergies devient complètement flou. Avec la taxe carbone, le but de l’Etat doit être : si le prix du pétrole baisse trop, il faut convaincre les consommateurs de ne pas y croire, car le prix du long terme est bien évidemment plus élevé. Prenons nos précautions, faisons des investissements de transports collectifs !

    Pierre Radanne a fondé en 2004 Futur Facteur 4, cabinet conseil spécialisé dans les politiques énergétiques nécessaires pour lutter contre le changement climatique.

  • Rachida Dati

    La pression n’est pas liée au temps, mais à l’information. C’est le retour d’information qui met la pression, ce n’est pas le temps. Ne pas avoir beaucoup de temps pour mettre en œuvre, ça permet de répondre rapidement à ce que demande les gens. C’est une vision très positive des choses !

    Rachida Dati est députée européenne depuis le mois de juillet 2009.

  • Rémi Babinet

    Je sensibilise mes étudiants au rythme et à l’accélération. Dans l’idéologie du consommateur, on aborde forcément ces questions de temps. En passant de l’entre-deux-guerres, où l’on achetait toujours la même chose, et où ce qui était nouveau était exceptionnel, à l’après-guerre, aux années soixante, à la fête de la consommation et à la rotation des produits, on entre dans le culte de la nouveauté presque sans s’en apercevoir. Tout ça produit d’autres gens, d’autres rythmes, et on est passé à un monde où la vitesse de renouvellement devient le nerf de la guerre économique.
    C’est pour ça que notre métier de publicitaire est très intéressant : on vit dans l’instabilité générale, il y a de plus en plus de produits et leur renouvellement est de plus en plus rapide. On ne sait pas de quoi demain sera fait, on ne sait pas quelles seront les valeurs de demain, l’horizon est complètement incertain.

    Rémi Babinet est co-fondateur de l’agence BETC Euro RSCG, directeur de création monde du réseau Euro RSCG, et directeur général de Havas.