Pierre Radanne

Depuis les années 20, les économistes se sont totalement plantés dans leurs analyses. Ils se basaient sur le fait qu’au fur et à mesure que l’on approchera de la rareté, les coûts de l’énergie et des matières premières augmenteront : ayant prioritairement épuisé les gisements les moins chers, on ira fatalement vers les gisements plus chers. Ils se sont plantés du fait que la courbe de l’augmentation du prix des ressources n’est pas une courbe linéaire. Vous sortez d’un marché fluide pour entrer dans un marché de plus en plus monopolistique. Au fur et à mesure que les ressources de pétrole diminuent, elles se concentrent : en 2030 il ne devrait plus y avoir que cinq producteurs. Et du fait de cette concentration, ces producteurs élaborent toute une série de stratégies, au moins autant économique que politique, de maximisation de la rente. La confrontation à la raréfaction des ressources se fait par des mouvements de prix complètement erratiques. On le vit aujourd’hui : le baril de pétrole a coûté 148 dollars en août 2008, il est retombé à 40 à la fin de l’année 2008, avant de remonter à 80 aujourd’hui.
Le problème qui se pose est que les acteurs économiques sont complètement perdus. Quand ils font un investissement, ils ne savent pas s’il faut regarder le prix des matières premières au jour le jour ou à plus long terme. De ce fait, dans un marché erratique, ils perdent toute capacité d’anticipation. Ce qui est la pire des situations. Tous les gens qui travaillent sur le changement climatique s’arrachent les cheveux car personne ne sait sur quel prix se baser pour la valeur des ressources dans les vingt ans ou dans les cinquante ans à venir. Ce qui devrait être un ingrédient absolument majeur d’organisation du futur par une régulation du prix des énergies devient complètement flou. Avec la taxe carbone, le but de l’Etat doit être : si le prix du pétrole baisse trop, il faut convaincre les consommateurs de ne pas y croire, car le prix du long terme est bien évidemment plus élevé. Prenons nos précautions, faisons des investissements de transports collectifs !

Pierre Radanne a fondé en 2004 Futur Facteur 4, cabinet conseil spécialisé dans les politiques énergétiques nécessaires pour lutter contre le changement climatique.

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