« Trop vite ! »

« Depuis que j’ai compris que le temps nous était compté, donc précieux, je n’ai cessé de l’étudier pour optimiser son usage.

J’ai écrit « L’Art du Temps » en 1983, puis « Le nouvel art du Temps » en 2000, pour aider mes lecteurs à desserrer l’étreinte des heures et des jours. Aujourd’hui, pendant que nos contemporains ont constamment l’impression de manquer de temps, l’ensemble de nos sociétés souffre du même syndrome. Et les conséquences en sont de plus en plus lourdes.

Tout se passe comme si plus les problèmes deviennent complexes, moins nous disposons collectivement de temps pour y réfléchir et les traiter au mieux. L’urgence de l’action, de la décision, domine l’horizon des dirigeants comme des citoyens que nous sommes. Il en résulte un nouveau syndrome : le « court-termisme », qui sévit en politique, en économie, dans les rythmes de vie et les relations aux autres et, plus grave encore, écologie.

Pendant l’écriture de « Trop vite ! », chaque fois que j’évoquais ce « court-termisme », mes interlocuteurs m’ont encouragé : « Bien sûr, c’est le sujet, nous vivons tous comme ça ! »

Curieusement, jusqu’ici, personne n’avait traité le court-termisme en tant que tel. Cette enquête et les nombreux témoignages qu’elle contient, ont pour but d’aider chaque lecteur à prendre conscience de cette spirale périlleuse pour essayer d’en sortir. »

Jean-Louis Servan-Schreiber, mars 2010.


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« Trop vite ! », making of

Comme tout essai, « Trop vite ! » a été réalisé à partir d’une documentation importante, constituée d’entretiens, de lectures et d’articles de presse.

JLSS s’est entretenu avec plus de cinquante personnalités : hommes et femmes politiques, dirigeants d’entreprise, économistes, philosophes, psychologues, sociologues. Leurs témoignages ont été rassemblés dans la rubrique Entretiens du site.

Cette enquête de terrain a été complétée par la lecture de plus de soixante-dix ouvrages, de philosophie, de sciences politiques, d’économie, d’écologie, et de romans. Ces ouvrages ont fait l’objet de fiches de lecture, également rassemblées dans la rubrique Documentation du site.

Fort de ces informations nombreuses, et avec la collaboration de Pascal de Rauglaudre, journaliste, JLSS s’est attelé à la rédaction, qui s’est étalée sur plus de six mois.

Table des matières

1. L’accélération : Comment la vitesse a engendré le court-termisme
Depuis moins de 200 ans, la vitesse transforme notre société et jusqu’à notre manière de penser. L’horizon de notre réflexion s’est raccourci. Le « court-termisme » règne en maître.

2. La politique : La démocratie peut-elle survivre ?
Nicolas Sarkozy a accéléré le tempo politique français et le rythme de travail des institutions de la République. L’exécutif est harassé, le législatif se plaint de lois bâclées et souvent inapplicables. Le court-termisme de la démocratie d’opinion, entre sondages et médias, est désormais exacerbé par internet.

3. La finance : Quand le court-termisme financier fait vaciller la planète
Le court-termisme financier a explosé en crise depuis 2007. L’obsession du profit rapide aidée par la créativité des acteurs financiers, tourne au « capitalisme mafieux ». La valorisation extrême du présent domine les choix des investisseurs qui se détournent du futur.

4. L’entreprise : L’impératif des résultats raccourcit l’horizon stratégique
Les rapports trimestriels poussent à « lisser » les résultats et donc à les fausser. L’actionnariat des entreprises impose des profits rapides aux managers et au détriment de l’investissement. Les plans à trois ou cinq ans n’ont plus de sens. Les rôles sociaux et sociétaux des entreprises s’estompent.

5. La consommation : Acheter trop, tout de suite, trop souvent
On est passé de la satisfaction des besoins à la création des désirs. La fièvre acheteuse est stimulée par l’obsolescence programmée des produits, relancée par la publicité et débridée par le crédit.

6. Rythmes de vie : Une profonde révolution culturelle
L’urgence est devenue notre mode d’action par défaut. Une attente de quelques secondes déclenche l’impatience des plus jeunes. Nous sommes interrompus 70 fois par jour et notre capacité d’attention s’est dramatiquement réduite. Nous frôlons la démusculation de nos neurones.

7. Les relations aux autres : Avoir mille amis et vivre l’amour comme un jeu vidéo ?
Au siècle dernier, les liens familiaux et amoureux se sont à la fois multipliés et réduits en durée. Depuis les réseaux sociaux et les sites de rencontres ont intensifié la vitesse du kaléidoscope relationnel. Même la relation à soi-même pâtit d’un manque de temps et de réflexion.

8. L’environnement : Et le long terme devint l’urgence…
À l’égard de la nature et des ressources de la planète, notre insouciance traditionnelle s’est muée en irresponsabilité. Personne ne peut ignorer les risques que couvrent notre éco système. Des décisions salvatrices à long terme sont devenues urgentes. Mais, ainsi que l’a démontré Copenhague, aucun système de gouvernance ne permet encore d’y faire face.

Conclusion : Voulons-nous vraiment sortir du court-termisme ?
Le principal obstacle est en nous. Nous aimons la vitesse et le court-termisme nous arrange.
Le salut de la démocratie et de l’espèce ne peut passer que par une transformation des valeurs et des comportements de chacun d’entre nous.

Les personnalités rencontrées Les lectures de référence