Le coût humain de la mondialisation - Zygmunt Bauman (2002)

La mondialisation est « un nouveau désordre mondial » pour reprendre l’expression de Kenneth Jowitt. Elle a provoqué une ségrégation entre ceux qui bougent et ceux qui sont contraints à l’immobilisme. La promesse de monde meilleur avec le libre-échange est donc un mensonge. Il y a eu d’un côté un enrichissement rapide, de l’autre une paupérisation rapide. « Les riches sont mondiaux, la misère est locale ».

Tout est parti de la disparition des distances, d’un cadre spatio-temporel (notamment avec Internet). Cette désincarnation des rapports a eu des conséquences négatives sur la société mondiale. Pour Zygmunt Bauman, ce n’était pas sans raison que l’homme avait pris le temps d’imposer des limites. Avoir une information très rapidement a cassé le lien traditionnel dans une petite communauté. Aujourd’hui, il constate qu’il n’y a plus de cohésion sociale.

Avant grâce à la proximité, tout le monde avait la possibilité d’accéder à la même information. Aujourd’hui, ceux qui n’ont pas accès à la vitesse de l’information, à la rapidité, sont exclus.

Aujourd’hui, il n’y a plus de communauté, de projet commun. Ni d’Etat pour avoir la même protection. Le capitalisme a réussi à s’extraire du cadre de l’Etat Nation, en allant plus vite. Il n’y a plus de délai et de ralentisseurs (Les frontières sont ouvertes aux flux économiques transnationaux), plus de contrôle des affaires mondiales. L’Etat nation est devient donc « un simple appareil de sécurité au service des méga-entreprises ».

Ce ne sont plus les Etats Nations les tenants du pouvoir ni les agents des transformations sociales.

Finalement, le capitalisme financier façonne aujourd’hui la société. L’individu est donc devenu un consommateur, guidé par une sensation de désir, de manque plus que de besoin. Sa satisfaction doit être instantanée. Les élites ont su créer des besoins qui n’existaient pas avant. Et le consommateur agit maintenant par pulsion.

Et dans ce rythme imposé, une idéologie s’installe. Comme tout est fait pour aller vite, loin, sans monotonie, il faut bouger. Sinon c’est humiliant. Au final, la mondialisation a créé un monde à deux vitesses : les vagabonds et les touristes, « l’élite en mouvement, maîtresse de la mobilité ».

Zygmunt Bauman termine sur la conséquence la plus amorale de la mondialisation. Dans un monde qui n’est plus aussi sûr et prévisible qu’avant, il faut défendre son havre de paix qu’est le territoire. La question de la sécurité prend ainsi de l’ampleur. Et quelle meilleure sanction que contraindre quelqu’un à l’immobilité dans un monde en perpétuel mouvement : la prison.

L’auteur

Sociologue polonais et anglais (double nationalité). Il a été professeur de sociologie à l’Université de Varsovie. Il enseigne aux Universités de Tel Aviv et de Leeds. Zygmunt Bauman essaie, depuis le début de sa carrière, de décoder l’époque dans laquelle il vit et les transformations qu’il la marque. Il a publié de nombreux ouvrages sur la société passée et actuelle : « Modernité et Holocauste » (2002), « La Vie en miettes. Expérience postmoderne et moralité » (2003), « L’Amour liquide, de la fragilité des liens entre les hommes » (2004)…. « La société ouverte et ses démons », « S’acheter une vie ».
Avec ce livre, il poursuit son analyse de la société à l’ère de la mondialisation.

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