Le Sacre du présent - Zaki Laïdi (1997)

S’inscrivant dans la filiation de la pensée de Paul Virilio, Zaki Laïdi présente dans Le Sacre du présent la succession des temporalités depuis l’origine de l’humanité. L’homme-archaïque vit dans un temps présent qui se définit par rapport au passé, et plus précisément au mythe des origines, qui ne fait que se répéter éternellement.

À partir de la Renaissance et, symboliquement, de l’invention de la perspective (mais cette nouvelle perception du temps et de l’inscription de l’homme dans le temps plonge ses racines dans l’Antiquité grecque, à travers certains auteurs comme Xénophon, puis dans le messianisme judéo-chrétien),l’« homme-perspectif » commence à s’affranchir du passé et à se projeter dans l’avenir. La conception précède la réalisation, la notion de projet s’impose et ouvre la voie à celle de progrès. C’est le temps historique par excellence, qui conçoit l’homme – et l’humanité – comme projet toujours inachevé : l’avenir tend à « engloutir » le présent.

L’« homme-perspectif » cède la place à l’« homme-présent » (avec la chute du mur de Berlin et la fin des utopies socio-politiques), et le présent s’affranchit de toutes les autres temporalités : il est « chronophage » et « chronocentriste » (« fin de l’histoire », remplacée par la mémoire ; refus de l’attente et de l’intervalle). Le « présent-autarcique », soumis à la mondialisation, à la fragmentation des points de vue et au libéralisme, est le temps du communautarisme au dépens de la nation, de l’individu au dépens du groupe, de la proximité au dépens du centralisme géographique, de l’immédiateté au dépens de la médiation. Toutes les sphères (économique, médicale, judiciaire, politique, individuelle, culturelle, individuelle…) sont peu à peu dominées par l’urgence, qui détruit progressivement la dimension symbolique des institutions.

L’homme-présent n’appréhende l’avenir que sur le mode de la peur : il tente de mesurer le risque, développant la notion de principe de précaution.. Pour tenter de retisser le lien entre présent et avenir, Laïdi propose de remplacer le principe de précaution par un principe de transmission.

L’auteur

Zaki LAÏDI est un politologue français, professeur et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de l’Institut d’études politiques de Paris. Il est en outre un penseur et essayiste, ayant publié plusieurs ouvrages (voir ci-dessous) et écrivant régulièrement des éditoriaux dans Le Monde, Libération, Les Échos, ainsi que dans divers journaux étrangers. Politologue spécialiste des relations internationales (initialement de l’Afrique et de la problématique du développement), il a élargi son domaine de recherche pour s’intéresser à la dimension politique de la mondialisation et aux effets de la mondialisation sur le politique, étudiant notamment les effets de l’accélération du temps (sacralisation du présent, irruption et généralisation de l’urgence en politique). Homme de gauche, d’inspiration « progressiste » européenne, il s’est prononcé en faveur d’une « troisième gauche », d’une modernisation du parti socialiste, plus ouvert au libéralisme économique et à la mondialisation. Conseiller spécial de Pascal Lamy de 2000 à 2004 (alors que ce dernier était Commissaire européen chargé du commerce), Zaki Laïdi appartient à la même mouvance politique que Dominique Strauss-Kahn. Homme de réseaux intellectuels, il est également le fondateur du site Télos (2005), « agence intellectuelle » offrant une tribune d’analyse de l’actualité et de débat aux intellectuels et chercheurs français et étrangers.

Bibliographie indicative

Un monde privé de sens, Paris, Fayard, 1994 Malaise dans la mondialisation, Paris, Textuel, 1997 Le temps mondial, Bruxelles, Complexe, 1998 La tyrannie de l’urgence, Montréal, Fides, 1999 Le sacre du présent, Paris, Flammarion, 2000 La gauche à venir. Politique et mondialisation, Paris, Aube, 2001 Sortir du pessimisme social. Essai sur l’identité de la gauche, Paris, Hachette/Sciences Po, 2000 La norme sans la force. L’énigme de la puissance européenne, Paris, Sciences Po, 2005

Retour à la documentation