L’enfer de Matignon - Raphaëlle Bacqué (2008)

• P. Messmer : pression médiatique a le plus modifié les choses entre l’époque où il a été premier ministre et l’époque actuelle ; M. Rocard : toutes les échéances sont dramatisées par les médias, impossible de faire comprendre à l’opinion un problème dans sa complexité

• Nouvelles techniques de communication, internet, téléphone portable ont amélioré l’efficacité du premier ministre et assoupli le système de commandement. Rien n’a pourtant allégé le régime d’enfer de Matignon et des cabinets ministériels. En vingt ans, le rythme s’est aggravé. L’opinion s’impatiente, les médias s’imposent une folle rapidité. Remarque de J.-P. Raffarin sur la nomination de son gouvernement le surlendemain de l’élection présidentielle (p.16), à comparer par exemple aux deux mois nécessaires à la mise en place d’un gouvernement américain !

• Temps du politique, temps de l’administration. D. de Villepin : « Le chef de bureau peut toujours se dire qu’il sera là demain, ce qui n’est pas le cas du ministre ni même du chef de l’État. Être premier ministre, c’est se trouver en permanence dans cette complexité qui fait qu’entre le haut et le fin fond de la décision, il y a beaucoup d’obstacles, beaucoup de contraintes. C’est un poste immensément frustrant. » (p.140)

• M. Rocard : « L’élément dominant qu’il faut avoir en tête quand on arrive à ce niveau de responsabilité, c’est que rien n’est instantané. Il faut un temps considérable pour la moindre mesure, pour la moindre réforme. Les cas de mesures rapides qui modifient une situation d’une manière définitive sont rarissimes (peine de mort, variations de la TVA). Tout le reste se discute à perte de vue, exige des accords multiples, on est sidéré par la lenteur des mécanismes administratifs et juridiques de l’État. » (p.145)

• D. de Villepin : « La vérité, c’est que le temps de l’administration n’est pas le temps de Matignon, et le temps des médias n’est pas non plus le temps de la politique. Matignon est dans l’urgence, dans le souci du résultat. Vous souhaitez répondre immédiatement à une crise, etc. Tout cela demande du temps. Plus de temps qu’il n’en faudrait pour que l’action politique garde toute sa fraicheur et toute sa crédibilité. » « Le temps politique du gouvernement ne correspond pas non plus au temps social, au rythme de la vie syndicale. Cf. affaire du CPE. » « De la même façon, le temps parlementaire est long. Etc. » « Nous sommes dans une bataille des temps où vous avez très vite le sentiment d’être isolé par l’urgence de vos préoccupations. » (p.163-164)

• L. Fabius : « Le vrai problème du premier ministre est la gestion de temps différents. Il y a une contradiction entre la nécessité d’engager vite des réformes et la nécessité de lancer de vastes concertations. » (p.166)

• J.-P. Raffarin : « Une clause de revoyure, parce qu’on ne fait plus des réformes pour trente ou quarante ans. Le monde va tellement vite qu’il faut faire des réformes pour dix ou quinze ans, que la réforme prépare sa propre réforme. » (p.182)

• J.-P. Raffarin : « Une satisfaction ne dure jamais plus de deux heures. Parce qu’une mauvaise nouvelle arrivera toujours, quelque chose qui vient ternir votre satisfaction. » (p.193)

• L. Fabius : « Il y a deux ou trois grandes différences entre le gouvernement d’aujourd’hui ou de demain et celui du passé. D’abord il y a une multiplication des décisions et une exigence de rapidité qui n’existaient pas auparavant. Ensuite il faut prendre ces décisions avec horizon mouvant. Parce que tout bouge à toute allure, alors qu’auparavant l’horizon était fixe. Enfin, vous devez prendre ces décisions sous la contrainte permanente de l’opinion. Trois éléments : multiplicité des décisions, horizon mouvant, contraintes médiatiques fortes. » (p.199)

• M. Rocard : « L’opinion publique est consumériste. La profession politique ne bénéficie plus du respect qu’on avait pour elle du temps où elle passait pour efficace, c’est-à-dire du plein emploi. » (p.241)

• J.-P. Raffarin : « Le sondage, c’est un peu le carnet de notes du premier ministre. Tous les gens qui rentrent dans le bureau ont à l’esprit : « Il monte ou il descend. » On ne vous demande pas comment vous allez, puisqu’on connaît votre sondage. » (p.253)

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